Soleil Mémoire (1990)

Pour flûte, harpe et Syter
Durée: 
18’

Création le 16 février 1990, Studio 104 de Radio France, par Nicolas Brochot, flûte, Frédérique Garnier, harpe, Daniel Teruggi, Syter, François Bousch, acousmonium.

Soleil Mémoire

Depuis toujours je suis fasciné par le cosmos, source permanente de réflexion sur la relativité et les valeurs fondamentales.

Cette fascination s'exprime à travers quelques oeuvres aux titres évocateurs : Rêve au Soleil des Ombres, Source de Vie-Lumière, Paysage magnétique, Espace-Temps, Forces Vives, Spirales Insolites, Pluie-Lumières, Quasar… . Soleil-Mémoire tente d'exprimer cet extraordinaire phénomène qui met sous nos yeux tournés vers le ciel tous les passés, du plus récent au plus lointain, simultanément. (la vitesse de la lumière - mémoire du temps - symbolisée ici par le Soleil).

Soleil-Mémoire, commande du GRM, est écrit pour flûte(s), harpe et SYTER; la partie de SYTER est pensée comme une partie de musique de chambre - le geste y revêtant la même importance - dont l'écriture tente de s'intégrer à celle des deux autres instruments.

Cette oeuvre se propose de "jouer" avec les interactions de trois éléments fondamentaux, la matière, l'espace et le temps, de telle façon que la trajectoire de l'un donne une signification musicale à ses conséquences sur les autres.

Travail sur la matière : du silence au bruit en passant par le son pur, le spectre harmonique et le spectre inharmonique.

Travail sur la profondeur de champs : plus seulement la superposition de lignes contrapuntiques avec des plans de registres, mais aussi la superposition de plusieurs couches qui affleurent et se masquent et que l'on perçoit comme la biologie de la matière dans l'espace (volume, localisation, déplacement/trajectoire) et le temps.

Les moyens électroacoustiques sont alors indispensables à l'expression dans sa complexité ; il faut essayer d'en respecter la logique interne, et tenter de ne pas écrire les parties instrumentales (ou vocales) comme s’ils n'existaient pas, ou bien comme s’ils n'étaient qu'un halo, une "sauce" pour séduire l'écoute.

Avec ces moyens, les notions de densité et de virtuosité instrumentale sont remises en question, tant il est vrai qu'il existe des perceptions différentes : son instrumental acoustique, son instrumental acoustique amplifié, son électrique, électronique analogique, numérique. Autant de moyens, autant de perceptions, autant d'écritures adaptées. La difficulté résidant dans le mélange des moyens et la confusion perceptive.

Structure et "substance" s'appuient notamment sur la série de Fibonacci, le nombre d'or et la suite des nombres Premiers, tant dans le domaine des proportions, des durées, que dans celui des hauteurs, des modes de jeux...

A partir d'un spectre de sol dièse "haut", (octave -3), j'ai choisi 8 harmoniques communes aux spectres de do et fa dièse 0, pour établir des zones attractives. Le rythme naît de cette matière, de ses battements, ses grains, ses entretiens comme de ses attaques.

Avec Soleil-Mémoire,  je me suis confronté pour la première fois au monde passionnant de SYTER, en utilisant ce qui me semblait le pari le plus difficile : intégrer un système de traitement du son en temps réel à une écriture instrumentale.

Je remercie mes interprètes, Nicolas Brochot, Frédérique Garnier et Daniel Teruggi pour leur enthousiasme, leurs judicieux conseils et leur précieuse collaboration, et l'INA-GRM pour son accueil chaleureux et son soutien.

François BOUSCH

La critique.

Soleil-mémoire de François Bousch est à mon sens l’œuvre la plus mûrie de la soirée. L’interaction des sons instrumentaux, produits par les flûtes (Nicolas Brochot), la harpe (Frédérique Garnier), et du SYTER de Daniel Teruggi est, de toute manière une solution musicale d’avenir (et de présent aussi d’ailleurs).

L’utilisation du SYTER complique le jeu et crée un effet scénique, tréâtral, auquel on ne peut rester indifférent. Si l’acousmatique est un au-delà de la musique, la tranformaiton « en temps réel » permet un  au-delà de l’acousmatique, qui ajoute un élément magique non négligeable.

La flûte devient instrument à percussion, caisse de résonance. Que la harpiste brosse ses cordes comme une élégante démêle sa chevelure et l’on entend aussitôt passer un train ! Tel est le mystérieux paradoxe de cette musique par ailleurs très euphonique et semée de discrets repères tonaux. François Bousch est de l’Itinéraire, pays d’un bonheur acoustique contemporain. Cela s’entend.

Jacques Bonnaure, La lettre du musicien n°84

 

En chasseurs de sons, donnant vie à l’insignifiant, au non-perçu, Bertrand Merlier avec « Transitions » et François Bousch auteur de « Soleil  Mémoire », ont travaillé sur la matière, d’une écriture s’intégrant aux dialogues flûte et harpe, révèlant un langage au confluent des sciences et de l’art.

Le Dauphiné 8 juillet 1992

 

Commande de l’INA-GRM